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Deux mineures ont été interpellées par les forces de l’ordre après avoir été « surprises » en train de s’embrasser dans une maison du quartier Hay Mohammadi à Marrakech.

Deux filles mineures, âgées de 16 et 17 ans, ont été arrêtées à Marrakech pour s’être embrassées. L’interpellation a eu lieu le 26 octobre. « Un proche d’une des deux filles les a surprises en train de s’embrasser dans une maison du quartier Hay Mohammadi (Daoudiate). Il a alerté les parents qui ont appelé la police, » nous explique Omar Arbib, responsable local de l’AMDH (Association marocaine des droits humains).

Les deux mineures, en détention, attendent la tenue de leur procès qui devrait avoir lieu « courant de cette semaine au tribunal de première instance de Marrakech » selon la même source. Le responsable associatif explique que les familles des jeunes filles interpellées n’ont pas voulu communiquer la date exacte du procès. Les deux filles sont accusées « d’homosexualité ». La plus âgée, sans-abri, est aussi accusée de « délinquance », explique Omar Arbib.

Le responsable associatif conteste cette arrestation, car « les deux filles sont mineures ». De plus, « [L’AMDH] est contre l’article 489 du Code pénal » qui punit « les actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe. » Depuis l’incarcération des deux jeunes filles, « leurs familles n’ont pas été autorisées à les rencontrer », nous précise le responsable associatif.

Surprises sur le toit d'une maison du quartier de Hay Mohammadi en train de s'embrasser et de s'enlacer, Sanaa, 16 ans et Hajar, 17 ans avaient été dénoncées avant d’être arrêtées par la police le jeudi 3 novembre 2016 à Marrakech.

 

Au Maroc, le code pénal condamne la liberté sexuelle : relations hétérosexuelles hors cadre du mariage (art.490), adultère (art.491) et relations entre personnes de même sexe (art.489).

 

Une combattante qui ne renonce jamais

 

Ibtissame Betty Lachgar est psychologue Clinicienne, Co-fondatrice de M.A.L.I.-Maroc ( Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles). Dans Terriennes, nous avions publié un autre texte, également très percutant, après qu'elle même eut été menacée par voie de presse et de réseaux sociaux, pour avoir posté un "selfie", une bière dans la main, sur sa page Facebook personnelle : Au Maroc, comme ailleurs, méfiez-vous du selfie…

Elle est aussi en première ligne du combat pour faire avancer le droit à l'avortement au Maroc, comme encore en février 2015, après la mise à pied du professeur Chafik Chraïbi, gynécologue à la maternité des Orangers à Rabat, qui témoignait des drames liés aux IVG clandestines...

Les relations sexuelles hors mariage sont, pour beaucoup, inacceptables (interdiction de partager une chambre d'hôtel, interdiction de concubinage) : le mythe de la virginité dans une société patriarcale et misogyne est bien présent. Le patriarcat est l’ennemi des femmes et des homosexuel.le.s.

Ce procès, une fois de plus, est le reflet des mentalités rétrogrades du pays, du conservatisme de la société et du poids religieux. La sexualité est un sujet tabou. De simples gestes de tendresse dans l'espace public, cela même entre personnes hétérosexuelles, et c'est la panique voire le lynchage comme cela s’est déjà produit. Pudibonderie à outrance...

Les agressions homophobes et autres délations, comme dans le cas des deux mineures de Marrakech, sont malheureusement fréquentes au Maroc, au sein de la cellule familiale et plus particulièrement dans l’espace public. Cela s’explique par la visibilité du sujet aussi bien sur les réseaux sociaux que dans les médias. Mais lorsqu’on voit qu’existe ce que l’on appelle l’homophobie d’Etat (à savoir que l’Etat pénalise l’homosexualité), à quoi pouvons-nous nous attendre ? Les personnes LGBTI sont victimes d’homophobie dès leur arrestation (par les autorités), au sein même du tribunal et en détention. Tout ceci légitime les agressions commises par des personnes lambda à l’encontre des personnes LGBTI.

Au Maroc, une homophobie d'Etat

Il est plus qu’urgent que la justice change de camp en condamnant les coupables et non les victimes ! Combien de temps devra-t-on supporter de voir des citoyen.ne.s victimes de l’homophobie de l’Etat ? Comment un jeune gai ou une jeune lesbienne peut-il/elle construire son identité et son affectivité face à une loi rétrograde et haineuse dont ils ou elles sont victimes ? Cette haine et ces pratiques d’exclusions constituent une barrière au plein épanouissement de la personne humaine, et expliquent que les jeunes homosexuel.le.s soient cinq fois plus nombreuses/nombreux à tenter de se suicider que les hétérosexuel.le.s.

 

D'autres voix, plus timides parfois, condamnent également ces articles et appellent à la dépénalisation de l'homosexualité. Pour exemple, le seul parti politique à s'être exprimé, sur l’affaire de Béni Mellal par exemple, ne condamnait nullement l'article 489. Le parti politique UC (Union Constitutionnelle) s'était vantée d'un communiqué et celui-ci a été vivement applaudi par certain.e.s. Or, d'une part, ce communiqué ne condamnait aucunement l'agression homophobe mais rappelait « le devoir de protection de la vie privée des personnes, de préserver le principe de non violation du domicile privé et défendre les libertés individuelles. »  D'autre part, le communiqué commençait par : « loin d'être un simple fait divers et en dehors du regard porté par chacun sur l'homosexualité » ... ou comment légitimer une vision qui renvoie à l' « anormalité » de l'homosexualité.

 

Il y a une montée de violence justicière au nom d'un ordre moral

 

Ibtissame Betty Lachgar

L'homosexualité est considérée comme un vice, une perversion, « contre nature » dans le code pénal marocain et comme un péché. Ce qui pousse certaines personnes à se faire justice elles-mêmes, la Loi du Talion faisant foi.

Il y a une montée de violence justicière au nom d'un ordre moral. Lorsqu’on ouvre la boîte de Pandore, à savoir le débat public, on ouvre la voie aux opposant.e.s et détracteurs/détractrices. On découvre ce qui n'est plus caché, cela laisse une voie à l'expression de propos haineux, incitant à la violence et parfois à des passages à l'acte considérés comme héroïques.

C'était le cas de l'affaire de Béni Mellal, où une première manifestation s'était tenue dans le quartier où s’étaient déroulés les faits. Les manifestant.e.s demandaient la libération des agresseurs qui ont fait leur devoir, à savoir lutter contre le vice et le péché.

Sur les réseaux sociaux, une grande partie de l'opinion publique prend parti pour les victimes et condamne l'homophobie. Malheureusement, dans la réalité et au sein même de la société civile, les voix sont plutôt discrètes. Or, il s’agit de s’opposer fermement aux lois archaïques et aux pratiques liberticides. Les droits sexuels et reproductifs, qui rappelons-le sont des droits fondamentaux, sont, malheureusement, loin d’être une préoccupation de la société civile marocaine. A quand une révolution sexuelle ?

 

Les associations féministes marocaines grandes absentes de ce combat

"Last but not least", l’alliance entre combat féministe et combat LGBTI est une évidence. Il s’agit de groupes considérés comme des liés à la problématique du genre, de groupes victimes de discrimination. Et c’est d’autant plus vrai dans le monde dit « arabo-musulman ». A notre plus grand regret, dans ces pays-là, au mieux les féministes délaissent la question LGBTI, et au pire, et c’est ce qui est révoltant, certain-e-s en viennent même à tenir des propos homophobes. Sachant que ces deux groupes sont victimes du système phallocrate. Genre, féminisme et homosexualité est un triptyque de base. Le sexisme et l’homophobie sont intrinsèquement liés.

Où sont les associations féministes ? Les liens entre la lutte contre le sexisme et pour les droits des personnes LGBTI sont indiscutables ! L’inégalité des sexes et l’inégalité des sexualités relève d’une même logique fondée sur l’illusion selon laquelle les femmes seraient faites pour les hommes et au service des hommes comme modèle nécessaire et ultime de toute société humaine. Cet ordre social inégalitaire, dans une société patriarcale hétéro-normée, articule la promotion exclusive de l’hétérosexualité, ainsi, la domination masculine et les pouvoirs machistes excluent toute forme d’égalité et de sexualité. Au cas où ces féministes l’auraient oublié, les lesbiennes sont AUSSI des femmes. Et pour beaucoup d’entre elles, l’hétérosexualité est une contrainte sociale et non un choix.

En ce sens, être féministe, c'est nécessairement être contre l'homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie ; militer contre l'homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie, c'est nécessairement militer contre le sexisme. Le lesbianisme est une position politique indispensable au féminisme. La sexualité des femmes est niée et ce qui ferait une femme c’est son appartenance à un homme avec des obligations. Nous sommes donc dans une lutte contre un système sociétal d’oppression et d’appropriation des (corps des) femmes par les hommes, un système appelé à satisfaire les idéologies masculinistes.

Il faudra attendre le 9 décembre 2016 pour savoir ce qu'auront décidé les juges.

 

Deux mineures interpellées au Maroc !!! Ou l'homophobie d'état !!!
Tag(s) : #Je n'aime pas du tout

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